Le Fil

Le Fil
Il y a dans l'air comme une odeur de soufre. L'âpre goût d'un café froid dans la gorge. Tout parait sec. Les yeux ne se raccrochent à rien. Ils sont fixes, mais ils ne fixent rien. La réalité ne peut plus s'imprimer sur la rétine, parce qu'elle est trop morne. On sent qu'on devrait agir, se lever. Épousseter la poussière qui s'accumule sur le comptoir. Ou bien reprendre un verre. Mais pas rester là. Et pourtant, on ne bouge pas. A cause de la musique qui s'élève en nous. Un genre de rock, un genre de blues qui ne se fait pas d'illusion. Même le chanteur parait remarquer qu'il n'y pas d'avenir dans sa chanson.
On joue avec le fond de sa tasse. Le marc de café se traîne au fond, paresseux. Et on sourit. En fait, cela n'a pas vraiment d'importance. Et tout ce qui peut se passer ne changera pas grand chose. Le comptoir restera poussiéreux, le marc de café au fond de sa tasse, et vous le cul posé sur la chaise, accoudé, le regard perdu dans un vague mur qui s'effrite à vue d'½il. Et les ombres qui marquent la fin du jour rampent jusqu'à nous dans l'indifférence générale. On s'en enveloppe. Et, étrangement, c'est quand le noir s'est fait absolu, c'est quand vraiment le monde ne tourne plus dans la pièce, qu'on agit. Les bottes se décollent du parquet brunâtre et gras. On tourne les talons, avec un genre de satisfaction qui agite le c½ur sous le blouson de cuir. La nuit, rien n'est morne parce que tout est gris. On sait que c'est paradoxal, mais c'est ainsi. Et l'anonymat de votre ombre dans les rues ténébreuses fait qu'on se tasse sur ses épaules, peu à peu. Rien n'a vraiment d'importance...mais, pertinemment, on sait que quelque chose approche. Il va se passer un évènement qu'on a pas prévu mais qu'on a senti venir. Et tout va s'enchaîner à une vitesse folle, dans la nuit qui parait calme. Le sang pourrait même couler, se dit-on. Et malgré tout, on reste placide, toujours cette mélancolie et cette langueur qui se fait plus forte à chaque fois qu'on inspire cet air douceâtre qui s'exhale des bouches d'aération de ce magasin.
C'est l'instant qu'on préfère. Le fil. On ne sait pas marcher dessus, le fil. Et, à cet instant où, somnambule de la lassitude, on appose son pied sur le fil, tout est encore possible. De quel côté allons nous tomber ? On ne le sait pas. Mais ça n'a pas vraiment d'importance. Ce qui compte, c'est, qu'un genre de sourire aux lèvres, on pose enfin, de tout notre poids de corps endormi, le pied sur le fil.
Pour qu'enfin tout commence.
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# Posted on Monday, 24 August 2009 at 7:18 PM

Edited on Monday, 24 August 2009 at 7:31 PM

A ceux dont les mots caressent les yeux, à ceux pour qui les lignes ne sont pas des barreaux

A ceux dont les mots caressent les yeux, à ceux pour qui les lignes ne sont pas des barreaux
J'aime écrire, et j'aime être lu. Aidez moi et faîtes vous plaisir : demandez moi.

# Posted on Thursday, 18 June 2009 at 7:38 AM

Fallen Angels, you are fallen angels...but you fly no more with wings, fallen angels.

Fallen Angels, you are fallen angels...but you fly no more with wings, fallen angels.
Jeunesse et printemps furent un jour synonyme,
Quand la neige recouvrait les sommets et les cîmes
On eut imploré Dieu pour une fleur perdue,
On eut prié les cieux pour une jeunesse déchue
Dieu est mort, le ciel est vide !
Et dans les cours obscures, il s'avance, avide,
Le spectre de la chute, avatar de lumière,
Artificiel appât des idylles de verre,
Qui se brisent fragiles dans les vapeurs d'éther.
Ô Jeunesse ignorante, loin de toi je m'évade,
Par delà vos alcools et vos rêves de jade,
Vous si semblables à moi et pourtant opposés,
Quand le joug de la vie sera sur vous passé
J'ai peur qu'il ne vous reste que douleurs et errances,
Du temps qui fut le vôtre, de votre adolescence !
Mes rêves sont des essences insondables et subtiles
Sombre fleurs du mal, dont les pétales fragiles
Sont d'aériennes pensées loin des miasmes, des fumées
Éternellement bercées par un soleil d'été
Nul nuage de plomb, nulle chape de fer
Ne portera son ombre sur leurs beautés altières
Et sa dignité d'Homme, maître de ses actes
Et garant de ce pacte, avec l'Oubli signé :
" Sois digne et garde le dos droit,
Ne courbe pas le front devant seigneurs et rois,
Mais pour celle que tu aimes et ceux que tu respectes"
Lucifers du crépuscule, Anges déchus, Ange tombés,
Les lumières électriques vous attirent, captivés
Insectes fascinés par ses reflets de fer...
Rappelez qu'un jour dans l'or et la lumière
Vous voliez, vous, enfants, de forêts en clairière
Découvrant chaque pierre et chaque arbre en fleur
Votre sourire n'avait nul besoin de cette fausse chaleur,
Celle qui d'un point rouge, braise mortelle de la nuit
Fait monter la fumée vers les cieux qui désormais
Vous sont interdits.
Alors les yeux hagards, le regard égaré
Les pupilles dilatées par la honte du plaisir
Vos esprits d'anges s'envolent dans un rêve éveillé
Artificiel refuge, le dernier rempart, votre empire
Où la demeure de vos esprits s'enivre de hauteur
Dimension oubliée de votre ancienne grandeur.

# Posted on Saturday, 09 May 2009 at 5:39 PM

Olympia. Tome 1, Chapitre 1

Olympia. Tome 1, Chapitre 1
Autour de Sparte, les rayons rasants du soleil jouaient avec les champs de fleurs. Le printemps avait recouvert le paysage d'une marée de pétales rouges sang, qui ployait doucement sous les caresses d'un vent chaud. L'air était sec, et la lumière faisait étinceler la poussière suspendue entre deux courants.
Les paupières closes, l'adolescent dormait, adossé à un grand chêne. Le dos calé contre l'écorce rude, on ne distinguait de ses traits qu'un menton fin et un demi-sourire figé sur ses lèvres.
Dans ses rêves, une grande voile, immense, le poussait vers l'avant. Sa barque ballottait, lentement, au gré des vents. Puis il sentit le raclement du sable sur la coque en bois du navire, l'odeur de la mer, le souffle du vent dans ses cheveux. Il savait qu'ici quelqu'un viendrait le chercher. Quelques secondes plus tard, une voix sembla l'appeler. On le cherchait. Mais il voulait poursuivre le rêve, savoir qui venait. Enfin savoir. Cette fois-ci, il en était certain. La voix prenait de la force. Elle perça le rêve, brisa le sommeil, comme un goutte d'eau qui s'écrase sur le sol.
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# Posted on Saturday, 04 April 2009 at 10:01 AM

Edited on Saturday, 04 April 2009 at 10:11 AM

Foudre

Foudre
Soulagement.
Foudre.
Déchaînement.
Eclair.
Libération.
Explosion.
Crépitement.
Joie.
Sauvagerie.
Colère.
Exultation.
Lame de feu.
Vitesse.
Danger.
Déchirement.
Blessure.
Vie.

# Posted on Thursday, 19 March 2009 at 4:35 PM