Jeunesse et printemps furent un jour synonyme,
Quand la neige recouvrait les sommets et les cîmes
On eut imploré Dieu pour une fleur perdue,
On eut prié les cieux pour une jeunesse déchue
Dieu est mort, le ciel est vide !
Et dans les cours obscures, il s'avance, avide,
Le spectre de la chute, avatar de lumière,
Artificiel appât des idylles de verre,
Qui se brisent fragiles dans les vapeurs d'éther.
Ô Jeunesse ignorante, loin de toi je m'évade,
Par delà vos alcools et vos rêves de jade,
Vous si semblables à moi et pourtant opposés,
Quand le joug de la vie sera sur vous passé
J'ai peur qu'il ne vous reste que douleurs et errances,
Du temps qui fut le vôtre, de votre adolescence !
Mes rêves sont des essences insondables et subtiles
Sombre fleurs du mal, dont les pétales fragiles
Sont d'aériennes pensées loin des miasmes, des fumées
Éternellement bercées par un soleil d'été
Nul nuage de plomb, nulle chape de fer
Ne portera son ombre sur leurs beautés altières
Et sa dignité d'Homme, maître de ses actes
Et garant de ce pacte, avec l'Oubli signé :
" Sois digne et garde le dos droit,
Ne courbe pas le front devant seigneurs et rois,
Mais pour celle que tu aimes et ceux que tu respectes"
Lucifers du crépuscule, Anges déchus, Ange tombés,
Les lumières électriques vous attirent, captivés
Insectes fascinés par ses reflets de fer...
Rappelez qu'un jour dans l'or et la lumière
Vous voliez, vous, enfants, de forêts en clairière
Découvrant chaque pierre et chaque arbre en fleur
Votre sourire n'avait nul besoin de cette fausse chaleur,
Celle qui d'un point rouge, braise mortelle de la nuit
Fait monter la fumée vers les cieux qui désormais
Vous sont interdits.
Alors les yeux hagards, le regard égaré
Les pupilles dilatées par la honte du plaisir
Vos esprits d'anges s'envolent dans un rêve éveillé
Artificiel refuge, le dernier rempart, votre empire
Où la demeure de vos esprits s'enivre de hauteur
Dimension oubliée de votre ancienne grandeur.